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La balance courante de l’Espagne dans le vert pour la première fois depuis 1986

Pour la première fois depuis 1986, la balance courante de l’Espagne, solde des échanges internationaux de biens, services et revenus, a été excédentaire en 2013. Jamais, depuis que le pays est entré dans l’Union européenne, Madrid n’avait été capable de se financer seul. Dépendante durant presque trente ans des emprunts avec l’étranger, sa dette n’avait cessé d’augmenter. Mais depuis juin 2013, la tendance s’est inversée. Sur l’ensemble de l’année dernière, l’excédent de la balance courante a atteint 7,1 milliards d’euros en 2013, face à un déficit de 11,5 milliards en 2012, selon les chiffres publiés par la Banque d’Espagne vendredi 28 février.

« C’est une bonne nouvelle, fruit de l’effort de tous, en particulier des entreprises qui ont amélioré leur compétitivité et sont allés chercher des marchés ailleurs », s’est félicité le secrétaire d’Etat au commerce, Jaime Garcia-Legaz, qui a encouragé les entreprises espagnoles à ne pas « perdre le rythme » et à « continuer à faire des efforts pour augmenter leurs parts de marché ». Et de rappeler que, il y a cinq ans, l’Espagne avait le déficit de la balance courante le plus élevé au monde, de près de 11 % du produit intérieur brut (PIB).

 « ÉCONOMIE COMPÉTITIVE »

L’excédent de la balance courante témoigne de la correction de plusieurs déséquilibres et du regain de confiance envers le pays. Le déficit commercial s’est ainsi réduit de moitié, grâce à une hausse de 5,1 % des exportations et à une baisse des importations de 0,9 %. La baisse des salaires et la faible inflation, avec même une légère baisse des prix de 0,1 % en février en glissement annuel, inférieure à la moyenne européenne de 0,8 %, a redonné de la compétitivité au pays.

Le secteur du tourisme, qui profite de l’instabilité en Egypte et dans d’autres pays méditerranéens, apparaît comme le moteur de la récupération. Alors que le PIB national a chuté de 1,2 % en 2013, le PIB touristique a augmenté de 0,6 %. Le nombre de visiteurs étrangers a atteint le record historique de 60,6 millions et les revenus du tourisme ont augmenté de 3,7 % pour atteindre les 45,1 milliards d’euros. Une croissance d’autant plus notable que le secteur touristique représente près de 10 % du PIB espagnol.

Le déficit de la balance courante, très élevé même en période de forte croissance, était régulièrement pointé du doigt par le ministre de l’économie, Luis de Guindos, comme le signe avant-coureur de la vulnérabilité de l’économie espagnole. L’excédent est donc « une bonne nouvelle parce que cela implique que nous sommes en train de rendre de la dette extérieure et que nous sommes une économie compétitive », s’est-il lui aussi réjoui, avant d’insister sur le fait que l’investissement direct en Espagne a augmenté de près de 40 % en 2013, pour atteindre les 29,5 milliards d’euros.

RENTRÉES DE CAPITAUX

Alors qu’en 2012 le pays avait souffert d’une grave fuite de capitaux, de 174 milliards d’euros, quand planait la menace d’une mise sous tutelle de son économie et les doutes sur la survie de la monnaie commune, l’Espagne a accumulé en 2013 près de 88,8 milliards d’euros de rentrées de capitaux, signe du retour de la confiance des investisseurs étrangers. Cette confiance s’est aussi traduite par la baisse des taux d’intérêt de la dette publique qui sont descendus sous la barre des 2 % pour les titres à cinq ans, une première depuis vingt ans.

« Cet excédent est une nouvelle magnifique car il signifie que l’Espagne peut rembourser sa dette extérieure accumulée », confirme l’économiste Joaquin Maudos, professeur à l’Institut valencien de recherches économiques (IVIE), tout en reconnaissant qu’il reste encore à l’Espagne du chemin à parcourir pour sortir de la crise. « L’Espagne reste vulnérable parce que sa dette [aussi bien publique que privée] vis-à-vis du reste du monde, reste élevée. Elle équivaut à 1 000 milliards d’euros, soit 100 % du PIB. C’est la quatrième dette de la zone euro après la Grèce, l’Irlande et le Portugal », ajoute l’économiste.

L’Espagne, sortie de la récession au troisième trimestre 2013, a renoué avec la croissance, bien que faible (0,2 % au quatrième trimestre 2013). Après avoir échappé de peu à la faillite en 2012, le pays va mieux. Il est entré sur la voie de la stabilisation, si ce n’est de la reprise, comme en témoignent les principaux indicateurs économiques.

Les Espagnols, en revanche, souffrent toujours d’un chômage de masse (26 % des actifs) et des conséquences de la politique d’austérité sévère appliquée ces trois dernières années.

 

http://abonnes.lemonde.fr/economie/article/2014/03/01/la-balance-courante-de-l-espagne-dans-le-vert-pour-la-premiere-fois-depuis-1986_4376042_3234.html

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